Mining Indaba 2026 : formaliser l’exploitation artisanale pour une mine plus humaine.

L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM) occupe une place stratégique dans l’économie minière mondiale. Selon les chiffres présentés à l’Investing in African Mining Indaba 2026, près de 45 millions de personnestravaillent directement dans ce secteur, tandis qu’environ 315 millions en dépendent indirectement. Pourtant, l’intégration de ces mineurs dans l’économie formelle demeure un défi majeur.
Une session marquante de cette 32ᵉ édition de Mining Indaba a mis en lumière la dimension humaine de l’ASM, à travers des témoignages poignants et des débats sur les mécanismes de formalisation. La question centrale était de savoir si l’exploitation artisanale pouvait coexister avec la grande mine industrielle, et si les États africains faisaient suffisamment pour encadrer et soutenir ce secteur.
Ntokozo Nzimande, directrice générale adjointe chargée de la politique minière et pétrolière au Département sud-africain des ressources minérales et de l’énergie (DMRE), a livré un témoignage personnel fort. Revenant sur son enfance dans la province du KwaZulu-Natal, elle a rappelé que l’ASM n’est pas une abstraction théorique, mais une réalité vécue par des communautés entières. Elle a reconnu que l’Afrique du Sud avait tardé à réglementer le secteur, tout en soulignant les avancées récentes, notamment les amendements à la loi minière et la mise en place d’un système de licences pour l’exploitation artisanale.
Du côté de la République démocratique du Congo, Popol Mabolia Yenga, directeur général du Cadastre minier (CAMI), a expliqué que la formalisation de l’ASM s’est imposée après l’effondrement de l’entreprise minière publique, conséquence d’une mauvaise gouvernance. Face à cette situation, l’État congolais a créé des zones d’exploitation artisanale officielles et encouragé la structuration des mineurs en coopératives, leur permettant d’accéder aux marchés internationaux, aux services financiers et à des mécanismes de traçabilité conformes aux standards internationaux.
Le secteur privé s’est également exprimé. Norman Mukwakwami, responsable mondial de l’approvisionnement responsable en métaux chez Trafigura, a cité l’exemple du partenariat entre Trafigura, Chemaf et la coopérative COMIAKOL à la mine de Mutoshi, à Kolwezi. Cette collaboration démontre qu’il est possible d’intégrer les mineurs artisanaux dans des chaînes d’approvisionnement responsables, tout en garantissant la sécurité, la traçabilité et l’accès au marché mondial, notamment pour le cobalt.
Les intervenants ont insisté sur le fait que la formalisation de l’ASM ne se limite pas à une simple légalisation. Elle doit aussi garantir des moyens de subsistance durables, la sécurité des sites, la protection de l’environnement, ainsi que des perspectives d’évolution vers l’exploitation à petite et moyenne échelle. Mohammad Stevens, conseiller juridique à l’African Legal Support Facility, a appelé à renforcer les capacités juridiques des États afin de mieux encadrer le secteur et négocier des accords équitables.
En conclusion, les débats de Mining Indaba 2026 ont mis en évidence qu’une cohabitation entre exploitation industrielle et artisanale est possible, à condition d’un cadre légal clair, d’une volonté politique affirmée et de partenariats solides entre États, entreprises et communautés. Une approche qui redonne à l’activité minière un visage plus humain, inclusif et durable.
Olivier KAYUMBA




