Kolwezi : les agents de KCC dans la rue pour dénoncer une insécurité devenue intenable.

Des images tremblantes, captées à la hâte par des travailleurs de la mine, ont circulé ces derniers jours. Elles montrent des centaines d’exploitants artisanaux envahissant les sites de KOV et de Mashamba, propriétés de Kamoto Copper Company (KCC), filiale du géant Glencore. À flanc de colline, au cœur de ces mines à ciel ouvert, les scènes de pillage se multiplient depuis plusieurs mois, dans une totale absence de contrôle.
Sans protection, sans autorisation, ces foules avancent comme une marée humaine. Et derrière ces intrusions répétées, le danger est permanent : violences, menaces, agressions, accidents. Pour les travailleurs réguliers de KCC, la sécurité s’est gravement dégradée.
Les agents refusent désormais d’entrer sur le site
Ce mercredi, la situation a basculé. À l’aube, les agents de KCC ont refusé d’accéder aux installations. Rassemblés devant le cercle récréatif Manika, ils ont pris une décision commune : marcher vers le gouvernement provincial pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’« insécurité chronique ».
Sous une pluie battante, le cortège s’est ébranlé depuis l’ancienne salle de plénière de l’Assemblée provinciale du Lualaba. Une longue file d’employés, déterminés à se faire entendre, avançant en silence, comme galvanisés par un même sentiment d’abandon.
Arrivés devant le Gouvernorat, les manifestants ont insisté pour obtenir l’audience promise la veille mais jamais tenue. Finalement, la gouverneure Fifi Masuka les reçoit.


Sur l’esplanade, elle promet un soutien total à KCC pour sécuriser les sites et protéger les investissements du groupe. Un engagement ferme, mais insuffisant pour les syndicats, qui disent désormais attendre des actions concrètes : présence sécuritaire renforcée, interventions rapides lors des intrusions, et surtout un plan d’action durable.
Une crise qui s’étend jusqu’à la mine de T17
La tension ne se limite plus aux mines de KOV et Mashamba. Le site de T17, lui aussi propriété de KCC, est aujourd’hui occupé par des exploitants artisanaux. Une installation clandestine, organisée, qui s’est enracinée dans la durée.
Un rapport technique du SAEMAPE confirme la situation : il attribue la responsabilité de ces intrusions massives aux exploitants artisanaux, accusés de mettre en danger les travailleurs industriels et de perturber gravement les opérations minières.
Sur le terrain, la cohabitation forcée entre exploitation industrielle et artisanale tourne au bras de fer. Chaque intrusion expose les travailleurs à des risques majeurs :
– glissements de terrain,
– effondrements,
– accidents mortels,
– confrontations parfois violentes avec des groupes armés ou organisés.
Pour les autorités provinciales, le problème est explosif : il mêle pauvreté, tensions sociales, pression démographique et enjeux économiques gigantesques.
Un équilibre précaire au cœur de la chaîne mondiale du cobalt
Entre promesses politiques, colère croissante des travailleurs et pression continue des exploitants artisanaux, le Lualaba semble se diriger vers un point de rupture. La crise pourrait redessiner la relation entre les grandes compagnies minières et les milliers de personnes qui vivent – légalement ou clandestinement – de l’extraction du cuivre et du cobalt.
Dans ces mines stratégiques, où se joue chaque jour une partie de l’économie mondiale, la sécurité des travailleurs et la stabilité des opérations sont désormais au centre de toutes les préoccupations.




