« Minerais critiques : l’Afrique veut passer de l’exportation à la transformation locale ».

Alors que la course mondiale aux minerais critiques s’intensifie, l’Afrique est appelée à dépasser son rôle traditionnel de fournisseur de matières premières pour devenir un véritable pôle de transformation et de production industrielle. Une ambition qui place la valorisation locale des ressources minières au cœur de la future compétitivité économique du continent.
L’Afrique possède certaines des plus importantes réserves mondiales de lithium, cobalt, manganèse, graphite, métaux du groupe du platine et terres rares. Mais selon Victoria Backhaus-Jerling, directrice générale de l’African Association of Automotive Manufacturers (AAAM) et membre du comité directeur de Mining Indaba, la véritable richesse du continent ne devrait plus être évaluée uniquement en fonction des volumes de minerais extraits et exportés.
L’enjeu consiste désormais à utiliser ces ressources comme moteur de l’industrialisation africaine, en développant localement les activités de raffinage, de transformation et de fabrication.
« L’Afrique a passé des décennies à discuter de la manière d’extraire davantage de minerais. La prochaine question stratégique est de savoir comment ces minerais peuvent alimenter l’industrialisation », estime Victoria Backhaus-Jerling.
Relier les mines aux industries de transformation
Pour atteindre cet objectif, les secteurs minier et manufacturier devront être intégrés dans une même stratégie industrielle. L’exploitation des ressources devrait ainsi être directement reliée à la transformation, à la fabrication de composants et au développement de chaînes de valeur régionales.
L’Afrique australe apparaît particulièrement bien positionnée pour jouer un rôle moteur. La région combine d’importantes réserves de minerais critiques, des capacités industrielles déjà existantes ainsi que des pôles de production automobile.
À cela s’ajoute la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui pourrait faciliter la création de chaînes de valeur intégrées entre plusieurs pays africains.
Un pays pourrait, par exemple, assurer l’extraction du lithium, un autre transformer les matériaux destinés aux batteries, tandis qu’un troisième fabriquerait des composants et qu’un quatrième assemblerait les véhicules.
L’approbation récente des règles d’origine applicables au secteur automobile dans le cadre de la ZLECAf est présentée comme un élément susceptible de renforcer cette dynamique en encourageant l’approvisionnement régional et la création de valeur sur le continent.
Une opportunité face à la demande mondiale
Cette stratégie intervient alors que les grands industriels mondiaux réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement sous l’effet de la transition énergétique, des tensions géopolitiques et de la demande croissante en minerais critiques issus de chaînes d’approvisionnement responsables.
Pour l’Afrique, cette évolution pourrait favoriser de nouveaux investissements dans la transformation des minerais, les matériaux pour batteries, l’industrie automobile et d’autres activités industrielles à forte valeur ajoutée.
L’objectif serait ainsi de passer progressivement d’un modèle principalement basé sur l’exportation de matières premières à une économie capable de fabriquer des produits destinés à un marché continental de plus de 1,4 milliard de consommateurs.
Mining Indaba 2027 mise sur les partenariats
Cette ambition sera notamment au centre de Mining Indaba 2027, organisé sous le thème « Stronger Together: Partnerships in Practice ».
L’événement entend renforcer les liens entre entreprises minières, industriels, gouvernements, investisseurs et institutions financières afin de favoriser des partenariats capables d’accélérer l’industrialisation et de renforcer les chaînes de valeur régionales africaines.
Pour Laura Nicholson, directrice de l’industrie à Mining Indaba, le secteur entre dans une nouvelle phase où les discussions doivent désormais déboucher sur des projets et investissements concrets.
La réussite de cette transformation nécessitera toutefois une action coordonnée. Les gouvernements devront notamment garantir des politiques stables, tandis que les sociétés minières assureront l’approvisionnement en ressources. Les industriels devront créer une demande durable et les institutions financières mobiliser les capitaux nécessaires.
À terme, la compétitivité de l’Afrique ne devrait donc plus être mesurée uniquement en tonnes de minerais exportées, mais également à travers les industries, les technologies et les emplois qualifiés créés grâce à ses ressources naturelles.
« L’avantage compétitif de l’Afrique ne devrait pas s’arrêter à la porte de la mine ; il devrait s’étendre jusqu’à l’usine », conclut Victoria Backhaus-Jerling.
Olivier KAYUMBA




