
La hausse de la production de cuivre en Afrique centrale ouvre de nouvelles perspectives économiques pour la République démocratique du Congo (RDC) et la Zambie. Mais au-delà des volumes extraits, l’enjeu est désormais de développer la transformation locale, les chaînes de valeur régionales et les infrastructures nécessaires à l’industrialisation.
La ceinture cuprifère d’Afrique centrale connaît une dynamique de croissance portée par l’augmentation de la demande mondiale en cuivre. Cette évolution, soutenue notamment par l’électrification, les énergies renouvelables, les véhicules électriques et le développement des infrastructures numériques, place la RDC et la Zambie devant une opportunité stratégique : convertir leurs ressources minières en une richesse économique durable.
Selon un communiqué publié à Johannesburg le 28 octobre 2026, la mine de Kamoa-Kakula, exploitée par Ivanhoe Mines en République démocratique du Congo, a produit 76 401 tonnes de produits cuprifères commercialisables au troisième trimestre 2026, soit une progression d’environ 19 % par rapport au trimestre précédent.
Cette performance intervient dans un contexte de croissance attendue de la consommation mondiale de cuivre. Le Groupe international d’étude sur le cuivre (ICSG) prévoit une augmentation de l’utilisation du cuivre raffiné de 1,5 % en 2026 et de 2,5 % en 2027.
Toutefois, pour les deux principaux pays de la ceinture cuprifère, la question ne se limite plus à accroître la production. Il s’agit également de capter une part plus importante de la valeur générée par cette ressource.
De l’extraction à la transformation industrielle
L’augmentation de la production minière nécessite des investissements continus dans l’exploration, le développement des mines et les infrastructures. Mais les perspectives économiques les plus importantes se situent également en aval de l’exploitation, notamment dans le traitement, le raffinage et la fabrication de produits industriels.
Ces activités peuvent favoriser la création d’entreprises, d’emplois qualifiés et de compétences techniques, tout en renforçant la place de l’Afrique centrale dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
En Zambie, les efforts des autorités visant à limiter les exportations de cuivre non transformé cherchent notamment à encourager le traitement local et la fabrication industrielle. Des discussions avec des entreprises telles que Wuxi Jiangnan Cable, en Chine, illustrent le potentiel de production locale de câbles électriques et de composants industriels à partir du cuivre régional.
En RDC, un autre modèle repose sur le renforcement des capacités commerciales. La société publique Gécamines et le négociant en matières premières Mercuria ont noué un partenariat destiné à consolider les capacités de commercialisation du cuivre et du cobalt ainsi que l’accès aux marchés. Cette démarche vise à accroître la capacité du pays à retenir davantage de valeur dans ses activités minières.
Les infrastructures, condition essentielle de la croissance
La concrétisation de ces ambitions dépendra largement de la disponibilité de l’énergie, de la qualité des réseaux de transport et de la capacité à relier les zones de production aux marchés.
Parmi les projets cités figure l’interconnexion électrique Kalumbila–Kolwezi, évaluée à 300 millions de dollars. Cette infrastructure envisagée, comprenant une ligne électrique d’environ 200 kilomètres entre la Zambie et la RDC, met en évidence l’importance de la coopération transfrontalière pour soutenir les activités minières et le développement industriel.
À Kamoa-Kakula, un accord relatif aux énergies renouvelables conclu avec Green World Energie devrait permettre de porter la capacité d’approvisionnement électrique de base issue de ces sources à 60 mégawatts, avec un objectif de doublement dans les 18 mois.
En Zambie, l’extension du projet Lumwana Super Pit de Barrick témoigne également de l’ampleur des investissements engagés dans le secteur cuprifère. Parallèlement, les corridors de Lobito et de Nacala contribuent à améliorer les connexions entre les régions productrices de minerais, les ports et les marchés.
Ces initiatives répondent à différents besoins, mais leur réussite repose sur une même exigence : transformer les projets d’infrastructure en réalisations concrètes, capables de soutenir durablement les activités économiques.
RDC-Zambie : vers des chaînes de valeur régionales
Les ressources en cuivre et en cobalt de la RDC et de la Zambie constituent une base importante pour le développement d’industries régionales liées aux batteries, à la fabrication et à d’autres activités de transformation.
Des travaux de l’Institut international du développement durable (IISD) soulignent le potentiel de connexion entre les ressources minérales de la ceinture cuprifère et les industries situées en aval de l’exploitation.
Cependant, la disponibilité des minerais ne suffit pas à créer des chaînes de valeur compétitives. Il faut également des investissements, une alimentation électrique fiable, des infrastructures de transport adaptées, une main-d’œuvre qualifiée, des technologies appropriées et un accès aux marchés.
Pour Zeinab El-Sayed, directrice des partenariats gouvernementaux et institutionnels d’Investing in African Mining Indaba, la richesse minérale africaine ne pourra produire des retombées économiques durables que si les gouvernements créent les conditions permettant aux industriels et aux investisseurs de développer des chaînes de valeur compétitives.
Cette orientation suppose une évolution progressive du modèle économique : passer de l’extraction des ressources à leur transformation régionale, à la fabrication industrielle et au développement des échanges commerciaux.
Le défi consiste donc à harmoniser les politiques publiques avec les investissements privés, à développer les infrastructures communes et à rapprocher les producteurs miniers des acheteurs industriels.
Mining Indaba 2027 : les partenariats au cœur des discussions
Ces enjeux seront notamment abordés lors de l’édition 2027 d’Investing in African Mining Indaba, prévue du 8 au 11 février au Cape Town International Convention Centre, en Afrique du Sud.
Placée sous le thème « Stronger Together: Partnerships in Practice », cette rencontre prévoit plusieurs sessions consacrées à l’évolution du cycle du cuivre, à la redéfinition de la valeur des ressources minérales par les gouvernements et au rôle des infrastructures dans le développement des chaînes de valeur industrielles.
Pour Laura Nicholson, directrice sectorielle de Mining Indaba, la hausse de la demande mondiale soulève également des interrogations sur l’approvisionnement et sur la capacité des chaînes de valeur africaines à se développer suffisamment rapidement.
Pour la RDC et la Zambie, l’enjeu est donc de coordonner leurs politiques industrielles, leurs investissements énergétiques et leurs infrastructures afin de tirer davantage profit de leurs ressources naturelles.
L’Afrique centrale dispose d’importantes ressources en cuivre. Le véritable défi consiste désormais à transformer cet avantage minier en emplois, en capacités industrielles et en richesse conservée localement.




