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Infrastructures sportives : vandalisme, impunité et désordre des supporters endommagent leurs propres stades, et Didier Budimbu veut stopper l’hémorragie

La suspension des activités sportives au stade Tata Raphaël continue d’alimenter les débats dans la capitale. Face aux critiques, le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a tenu à clarifier la position du gouvernement, estimant que cette décision relève avant tout d’une nécessité de protection du patrimoine sportif national.

Depuis plusieurs mois, l’enceinte accueille la majorité des rencontres des championnats kinois. Mais derrière cette forte fréquentation, le constat est préoccupant : violences récurrentes, sièges arrachés, grilles détruites, installations sanitaires endommagées. Des actes de vandalisme attribués à certains supporters, qui transforment les tribunes en zones de casse après chaque grande affiche.

Selon le cabinet du ministre, ces comportements persistent malgré les sanctions infligées par les organisateurs. Les amendes et rappels à l’ordre n’ont produit aucun effet dissuasif. « Ces faits sont sanctionnés, mais ils ne changent rien. Les mêmes scènes se répètent », déplore-t-on.

Paradoxalement, au moment où ces incidents se multiplient, l’État investit dans la modernisation du stade en prévision d’un tournoi régional. Les travaux de réhabilitation, censés améliorer l’accueil des équipes et du public, se retrouvent régulièrement ralentis par de nouvelles dégradations. « On veut un stade moderne, mais on le détruit en même temps », résume un responsable du dossier.

Le ministère pointe également du doigt la chaîne de responsabilités. À chaque débordement, les ligues infligent des amendes aux clubs, mais ces pénalités financières ne sont pas systématiquement suivies d’obligations de réparation. Résultat : les fonds sont encaissés, mais les dégâts restent visibles. Au final, c’est encore l’État qui assume les coûts de réhabilitation.

Pour les autorités, cette situation entretient une forme d’impunité. Les clubs paient, mais ne réparent pas. Les supporters cassent, puis reviennent assister au match suivant comme si de rien n’était. « On casse l’après-midi et le lendemain on revient jouer », ironise un cadre du ministère, visiblement excédé.

Beaucoup de voix se sont également élevées pour s’interroger sur le timing de la décision. Pourquoi suspendre alors que le championnat est en cours ? Certains y voient un désintérêt pour les compétitions locales, allant jusqu’à dire que le ministre serait davantage le ministre des Léopards seniors que celui du football national. Mais cette affirmation est jugée erronée par les autorités.

L’État a le devoir de sécuriser la population et les infrastructures sportives. Il ne doit pas attendre qu’il y ait mort d’homme pour agir. Gouverner, c’est aussi prévoir, prévenir et protéger. Certes, le championnat se poursuivra, mais le ministre veut d’abord s’assurer que la sécurité est garantie et que la discipline des équipes comme des supporters est respectée.

Le gouvernement rappelle d’ailleurs qu’un précédent similaire avait déjà coûté cher au pays. Le stade des Martyrs, théâtre de graves débordements le 9 septembre 2015 lors d’une rencontre internationale, avait été sanctionné, privant la RDC de plusieurs matchs importants à domicile. Une leçon douloureuse que les autorités ne veulent plus revivre.

Au-delà de la suspension, le ministre insiste donc sur une question de fond : la responsabilité collective. « L’État doit-il être victime à chaque fois ? », s’interroge le cabinet. Tant que les sanctions ne seront pas accompagnées d’obligations concrètes — réparations, huis clos, retraits de points — les comportements ne changeront pas, préviennent plusieurs observateurs.

En attendant, le Tata Raphaël reste silencieux. Un silence imposé, mais peut-être salutaire. Car protéger les infrastructures aujourd’hui, c’est garantir l’avenir du football congolais demain.

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