
Il y a quelque chose de profondément surprenant dans la manière dont l’APR FC aborde son déplacement à Lubumbashi. Le club rwandais aurait choisi de faire l’aller-retour dans la même journée et, plus étonnant encore, de faire acheminer depuis Kigali ses repas, ses fruits, ses boissons et même son eau.
On pourrait en sourire. On pourrait même s’en moquer. Mais derrière cette décision, il y a surtout une question qui mérite d’être posée : à quel moment le football a-t-il cessé d’être un espace de rencontre pour devenir le prolongement des méfiances politiques ?
Que le Rwanda et la RDC entretiennent des relations exécrables est une réalité que personne ne peut ignorer. L’Est de la RDC porte depuis des décennies les cicatrices de guerres, de violences et de drames humains auxquels nul ne peut rester indifférent. La colère congolaise est donc compréhensible.
Mais cette colère ne doit pas se tromper de cible.
Un footballeur rwandais qui descend sur une pelouse congolaise n’est pas un soldat. Un match de football n’est pas un champ de bataille. Et un supporter congolais n’a aucune raison de transformer son indignation légitime face à la situation dans l’Est en hostilité envers des sportifs venus simplement disputer une rencontre.
C’est précisément là que le comportement de l’APR FC peut paraître à la fois drôle et triste. À force de vouloir tout contrôler, jusqu’à l’eau et aux fruits, le club donne l’impression d’entrer sur un terrain de football avec la peur d’entrer en territoire ennemi.
Pourtant, des Rwandais vivent en RDC. Ils travaillent, étudient, commercent et construisent leur vie dans plusieurs villes du pays. La coexistence entre les peuples, aussi difficile soit-elle dans le contexte actuel, reste possible.
Le football devrait justement rappeler cette évidence : on peut être adversaires pendant 90 minutes sans devenir ennemis pour la vie.
Aux Congolais, donc, un appel à la responsabilité : accueillons les joueurs rwandais comme des sportifs. Contestons les politiques et les actes que nous jugeons condamnables, mais épargnons ceux qui ne portent ni armes ni responsabilités politiques.
Et à l’APR FC, un petit conseil : respirez. Lubumbashi n’est pas Kaboul. Les fruits congolais ne sont pas des armes chimiques, et l’eau locale ne transforme personne en espion.
Sur le terrain, il faudra simplement onze joueurs contre onze autres.
Que le meilleur gagne.
Et si les Aigles du Congo veulent « corriger » l’APR FC, qu’ils le fassent avec leurs pieds, leurs passes et leurs buts. C’est encore la plus élégante manière de répondre sur un terrain de football.




